VENISE
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Fernand Braudel  et Venise

Venise , elle aussi  est une île,  un monde autre,  pour  grandes ou  assez  grandes personnes qui  auraient trop  grandi, mais sauraient encore rêver. Une île certes  pas inaccessible, mais l’atteint-on jamais ?

 On  l’a bien  trop imaginée avant  de la connaître pour la voir  telle  qu’elle est. Nous  l’aimons au  travers  de nous  mêmes. Sortilège, illusion,  piège, glaces  déformantes, voilà ce qu’elle est, ce que nous lui  demandons  d’être. « Venise comme je la voulais » s’exclame  Musset en y arrivant pour la  première fois une  nuit  d’hiver, en 1833.

 Tandis  que  Jean Paul  Sartre, de canal en  canal, d’îlot  en îlot,  « cherche éperdument la Venise secrète »  , «  la vraie Venise » qu’il  trouve « toujours ailleurs », «  le  mystère  tranquille »  qu’il  voit sans  cesse devant lui,  mais loin  de lui,  « sur l’autre bord » , inaccessible.  C’est  son  irréalité qui  crée les enchantements et les mythes  et les charmes de Venise. Ce monde à moitié  vu , à  moitié  rêvé se referme sur nous  comme  de lui-même. Et  c’est ce que nous attendions. Chacun  de nous  à sa  façon   d’aimer Venise, qui  n’est pas celle du  voisin,  et de  s’y enfermer à  sa convenance, d’y  trouver ce qu’il  veut, la joie de vivre,  la décrépitude de la mort,  un répit, un alibi, une extravagance ou le simple entre deux d’une vie  différente.

 L’eau  divine  et démoniaque

Une ville à la fois irréelle  et réelle.  Peut-être  parce  qu’elle semble naître du  néant , entre l’eau  et le ciel, parce qu’elle  n’est pas  l’assemblage  raisonnable de  terre, de lumière, d’eau , de verdure  que la géographie  offre régulièrement à travers toutes les villes  du  vaste  monde .  La terre est ici tellement discrète,  si  sûrement dérobée que seuls comptent le miroir  de l’eau et le miroir du  ciel. La terre  existe bien  sûr, mais  pareille à  ces bancs  de sable et de boue qui  sur la lagune, émergent à  peine de l’eau  salée.  Pour permettre à cette  terre  de  porter Venise,  il  a fallu la  recréer, la consolider avec  des pierres, plus encore  avec des milliers ou  des millions de troncs d’arbres, de chênes enfoncées   à  la verticale. Venise surplombe une forêt engloutie

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F. Braudel, La méditerranée

 

Venise  en couleur 

:" A 10 h  j'ai  pris le  vapeur pour  la Giudecca où, devant  San  Redentore il  y avait  un  grand  voilier peint  en rouge, Le  reflet  vermillon  dans la lacune  couverte  de fucus, donnait  une  jolie  teinte ,  pleine  d'un  intense rouge  brun, traversée  de vagues  à la crête  verte. Le  tableau  a été extraordinaire, quand , sur la plage,  près de ce bateau rouge, une femme  de pêcheur  en  robe  verte et  fichu gris  est passée, qui  portant  dans  ses  bras ,  un enfant  vêtu  de jaune  vif.  "  (Voyages   en  Italie  de  Hermann  Hesse)

 

 

 

 

 

 

30 années  se sont écoulées entre ces deux images  !

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