Un singe en hiver
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Sortie 1962
Réalisateur Henri Verneuil

Dialogues de Michel Audiard


Jean  Gabin : Albert Quentin 
Jean Paul  Belmondo : Gabriel Fouquet
Suzanne Flon : Suzanne quentin


 musique de Michel  Magne

Synopsis ( Fiche technique sur  Wikipedia)

http://fr.wikipedia.org/wiki/Un_singe_en_hiver_(film)

 

En juin 1944, Albert Quentin, ancien fusilier-marin en Indochine, tient, avec sa femme Suzanne, l’hôtel Stella dans le village de Tigreville, sur la côte normande. Il voyage dans l’alcool, pour se remémorer ses voyages en Chine. Lors d'un bombardement, il promet à Suzanne de ne plus boire, si l’hôtel échappe à la destruction ; promesse tenue.

Quinze ans plus tard, débarque Gabriel Fouquet, publicitaire. Lui boit pour effacer l’échec de sa vie sentimentale, « voyager » en Espagne et rêver de tauromachie. Il vient voir sa fille Marie qui vit dans un pensionnat de Tigreville. Alors qu’il joue à la corrida avec les automobiles, il est arrêté par les gendarmes et Quentin le tire d’affaire. A la fin d’une énorme nuit ivresse, ils tirent un feu d’artifice sur la plage.

Le lendemain, Gabriel Fouquet s’en va avec sa fille et Quentin compare Fouquet à un singe d'Asie en hiver.

Quelques dialogues de Michel Audiard - 

_ Je ne vous apprendrais rien en vous rappelant que Wang Ho veut dire fleuve jaune et Yang Tse Kiang fleuve bleu. Je ne sais si vous vous rendez-compte de l'aspect grandiose du mélange : un fleuve vert, vert comme les forêts comme l'espérance. Matelot Hénault, nous allons repeindre l'Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde !

- Chut, Albert ! Vous fâchez pas !
- Mais vous fâchez pas, vous fâchez pas ! Mais, nom de Dieu d'bordel, j'vous offre des rivières tricolores, des montagnes de fleurs et des temples sacrés et vous m'transformez tout ça en maison d'passe !... Vous plantez votre Babylone normande dans ma Mer de Chine !...

- Attention aux roches !... Et surtout, attention aux mirages !... Le Yang-Tsé-Kiang n'est pas un fleuve, c'est une avenue... Une avenue d'cinq mille kilomètres qui dégringole du Tibet pour finir dans la Mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans d'chaque côté... Pis au milieu y'a des... des tourbillons d'îles flottantes, avec des orchidées hautes comme des arbres... Le Yang-Tsé-Kiang, camarade, c'est des millions de mètres cubes d'or et d'fleurs qui descendent vers Nankin... Et avec, tout l'long, des villes-pontons où on peut tout acheter... De l'alcool de riz, d'la religion, et pis des garces, d'l'opium... Ch'peux vous affirmer, Tenancière, que le fusilier-marin a été longtemps l'élément décoratif des maisons d'thé... dans c'temps-là, on savait rire...  Elle s'était mise sur la paille / Pour un maquereau roux et rose / C'était un juif, il sentait l'ail / Il l'avait, venant de Formose / Tirée d'un bordel de Shangaï. 
- Oh, c'est beau !...
- C'est pas d'moi !... C'est des vapes, comme ça, qu'y m'reviennent... quand j'descends l'fleuve...

 et  d'autres encore , ici : http://www.michelaudiard.com/dialogues/dialoguesUnsinge.htm

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Mon avis  

   Ce film  a maintes raisons  de m’émouvoir . Il s’inspire étroitement du roman d’Antoine Blondin ,  cet  écrivain  inclassable, devant probablement   à son  anti-conformisme , la place relativement modeste qu’il  occupe parmi  les  écrivans du XXème où les courants  d’idées  exigeaient  des engagements formels .

Henri  Verneuil et toute son  équipe, amplement soutenus par le talent de dialoguiste de Michel Audiard, ont su  tirer le meilleur  du  récit , son  humour  décapant ,et son  ironie  grinçante mais jamais vraiment désespérée,   pour peindre ces existences conventionnelles étriquées, figées  dans un quotidien  sans éclat pour le bien  de  tous.

Servi par  de  « réels » grands acteurs et une imagerie sensible le film  devient un  argument  philosophique sur lequel  on  pourrait longuement  disserter  à propos  des droits et  des devoirs , le compromis et le renoncement , sur le  temps qui passe broyant les illusions  , sur l’impuissance  du rêve  et son impérieuse nécessité, et enfin sur la vieillesse et son acceptation  avec ou sans amertume.

Le film  fait aussi appel à  des impressions  personnelles mais,  je l’imagine, bien partagées ,.sur la Normandie telle  que j’en  garde   le souvenir :  triste à  mourir en  hiver , grise,  humide et froide comme cette pluie venant  de la  mer, moitié eau, moitié brouillard dans la semi-obscurité d’une aube qui ne veut pas  se lever  ou d’un  crépuscule qui s’attarde, ces plages  mornes  et   désertes où  se  devine plus que ne s’entend  le ressac, presque le silence,  troué  parfois  par le  cri  déchirant  de quelque mouette égarée.  . 

--La Normandie  sait être riante. Je  me souviens  de  beaux étés sur les falaises et des heures de  contemplation  d’un  horizon aux limites repoussées par cette vision élevée d’une mer aussi  vaste  que le ciel , tandis que loin  en  contre-bas les  vagues  invisibles  rongent dans un  assaut constamment  renouvelé, le  pied  de  ces immenses  murs de craie et que des grands oiseaux glissent   en  vols majestueux  sur les courants ascendants .--

Mais c’est bien  souvent l’image de  cette côte normande écrasée de grisaille et d’ennui  qui me vient à  l’esprit  .   Les bruits s’étouffent dans le brouillard  comme les lumières se  fondent  dans un   halot  blafard.

L’ennui  qui  suinte de partout vous colle à la peau tout comme l’humidité salée. On  n’a guère envie de sortir mais dans les intérieurs  aux  parquets cirés,  de vieilles pendules ventrues continuent de  battre la mesure  découpant   jour et   nuit  en tranches  identiques  et désespérantes  de monotonie.

On  imagine facilement le pensionnat  de la Petite Marie et les rêves qui  sont nécessaires pour oser  grandir  dans un  monde aussi terne.

Mais les rêves s’enfuient même pour des  âmes brûlantes  comme  celles d’Albert Quentin . La vie  finit par étouffer les désirs comme les vagues  érodent le pied  des falaises. Le  quotidien  et son  cortège de  compromis, de  bienséance , de contraintes et  de  devoirs  façonne les hommes en clones vaincus  et  résignés  , fantômes d’eux-mêmes  , pénitents courbés calmant leurs appétits par de fades friandises . 

Certains résistent plus que  d’autres et leurs rêves ne font que dormir  au  fond  d’eux-mêmes Pour survivre ils les camouflent , les dissimulent et ne les laissent échapper qu’à petite dose, juste ce qu’il  faut  pour que la petite flamme continue  de  brûlervacillante mais tenace. Sournoise elle n’attend que son heure .On  la compare à  des démons parce que ceux-là veillent, guettant l’occasion de secouer  leur  torpeur  .

Il arrive en effet qu’un jour le hasard  les favorise : un Fouquet  débarque  dans la petite ville endormie  et inonde  de  soleil  l’unique rue qui  descend vers la plage. Les appétits se  réveillent . Renoncements, compromis commencent à baisser la tête et se réfugient derrière les rideaux hâtivement tirés. Mais pour la petite flamme  qui  couvait, la tentation  est  trop  forte ; elle se  rallume et  s’embrase à cette bouffée  d’air pur . La vie vivante prend sa revanche et l’espace  d’une nuit  les barrières s’effondrent libérant les désirs si  longtemps contenus. Place au  désordre coloré jusqu’à  l’apothéose pyrotechnique  . On sait qu’avec la dernière lumière du  feu  d’artifice s’éteindra la petite flamme  secrètement  entretenue .   

Mélancolique perspective d’une  antichambre  de la mort  telle l'image d'Albert Quentin assis  sur un  banc,  rattrapé par sa  respectabilité,, afin que vivent paisiblement les Suzanne, attendant sur le quai  , la correspondance pour Lisieux et son définitif  hiver. 

Désormais sans désirs, il n’ose pas même un regard vers  Gabriel et l’enfant qui s’éloignent vers leur propre  devenir .

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un extrait sur Youtube:

http://www.youtube.com/watch?v=Bp9brL8NLHA&feature=related

 

 



 

 

 

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