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Assis
sur une pierre, l’Invité des Noces
Ne peut faire autrement , certes, que d’écouter ;
Et voici ce que dit tout d’abord ce vieil homme,
Le Matelot à l’œil
brillant :
« Le navire , sous les
vivats, sortit du port :
D’un cœur allègre nous laissâmes
Filer derrière nous, l’église, la colline,
Et jusqu’au faite enfin de
la tour du fanal,
Le soleil, au début, se levait
sur bâbord ;
Du sein de l’onde
surgissant !
Et il resplendissait : puis le soir, sur tribord,
Il s’abîmait dans l’océan.
De plus en plus haut il s’élevait
chaque jour,
Jusqu’à ce qu’il planât,
à midi, sur le mât… »
A ces mots,
l’Invité des Noces bat sa coulpe,
Ayant entendu le son
grave du basson.
La jeune
mariée vient d’entrer dans
la salle ;
A la rose elle a prit l’incarnat de son teint ;
En balançant la tête, marchent devant
elle,
Les joyeux musiciens.
Il a battu sa coulpe, l’Invité
des Noces,
Sans avoir d’autres choix, pourtant que d’écouter ;
Et voilà ce que dit ensuite
ce vieil homme,
Le matelot à l’œil
brillant.
« Alors
le souffle de la tempête surgit,
Et il se révéla tyrannique et puissant ;
Ce souffle nous frappa de ses ailes battantes
Et il nous pourchassa jusque loin vers le Sud.
Les mâts penchés, la proue
s’engageant sous les lames,
Tel celui, poursuivi de coups
et de huées,
Et qui, droit devant lui, fonce, tête baissée,
Ainsi dérivait le navire, la tempête
Mugissait, vers le sud toujours
nous fuyions.
Bientôt vinrent ensemble
et la brume et la
neige ;
Il fit un froid prodigieux ;
Et, plus haut que le mât,
autour de nous flottèrent
De monstrueux glaçons, verts comme l’émeraude.
Les falaises de neige, à
travers les rafales,
Sur les bords renvoyaient une clarté sinistre ;
Point ne rencontrions forme humaine ou de bête, --
La glace, de tous côtés nous
entourait.
La glace était ici, la glace
était là-bas,
La glace s’étendait, livide, à l’infini ;
Elle craquait, criait, et grondait et
hurlait, --
Tels les bruits qu’on entend lorsqu’on s’évanouit !
Au bout d’un certain temps
parut un Albatros ;
Vers nous l’oiseau venait
à travers le brouillard ;
Et comme si c’eût été une
âme chrétienne,
Au nom du Seigneur Dieu nous le hélâmes tous .
Il mangea
des mets qu’il n’avait jamais mangés,
Et autour du vaisseau rôda
son vol lunaire :
La banquise s’ouvrit dans un
bruit de tonnerre ;
Le sage timonier nous lança
droit dedans !
Car
un bon vent du sud de l’arrière soufflait ;
L’Albatros nous suivit,
Et, dès lors, chaque jour,
pour manger ou par jeu,
Il venait
au premier appel du matelot !
Dans
la brume ou la nue,
sur le mât et sur les
Haubans, durant neuf soirs, il se percha ; tandis que
Tout au long des nuits, perçant
la blanche fumée,
Froidement scintillait le
blanc clair de Lune. »
« Que Dieu te sauve,
vieux Marin,
De ces démons qui de la sorte te tourmentent !
Mais toi, pourquoi me
regarder ainsi ? » --D’un coup
D’arbalète, notre Albatros,
je l’abattis.
[…]