Craintes et tremblements
I Quand les yeux révulsés, un faux jour m'embrasse, dans la lueur atroce – du matin, je veux me rappeler : Viens-je tout juste de naître, ou suis-je déjà si las Que l'oubli ait volé, mes nuits diurnes et ma vie ? Oh ! Vous ténébreux ! Atlas de mes nuits ! Qui m'avez travesti, dans la fièvre forte De mes repos troublés. Les membres à l'agonie, Je vous défie, vous qui m'exaspérez. Je tinterai la Muse de ma mémoire morte, Buvant une bonne fée, à l'ombre du passé, Une clochette au coup de la journée. Atlas de mes nuits ; oubli, regarde moi, Je suis celui qui nie, car tout ce qui est né est digne d'être détruit. Et vrai ! tu meurs à travers moi. Las ! Je ne saurais souffrir un nouveau trépas.
II A point d'heure du matin, au son de l'angélus, Des visages torturés dans les plis de mon drap, Je tremble comme ils me regardent, très craintifs. Que puis-je m'en détourner et plonger en moi-même. Sur la nef des yeux fous, je verrais là – halas le regard imprégné du théâtre nocturne les arbres à présent morts, à l'ombre de mes désirs, dans des champs dévastés tout infusés du soir. |