L absurde
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La  vie, la mort, l'absurde  

 Petite réflexion sur l'absurde 

Sisyphe  La Divine comédie de Dante , illustration Gustave Doré

La fauteur Poésie  V.S

L'absurde,  un mot qui revient sans cesse , sentiment sur lequel on se penche ou on se heurte, en particulier chaque fois qu’il est question de l’existence . 

Les philosophies ou les idéologies qui y échappent parce qu’elles ont su donner. un sens à l’existence , sont rares .Parfois la religion, lorsqu’elle  propose un « au delà » bon ou mauvais ; à défaut de Paradis, l’Enfer, aussi redoutable puisse-t-il paraître est encore préférable au néant, disons plus concevable . Le culte de la personnalité, la quête de la gloire ou de la célébrité, est une autre forme de lutte contre le non sens de la vie . Se convaincre que notre mémoire survivra au delà de notre mort justifie une conduite d’existence.

Que reste-il à ceux qui ne croient pas en dieu, à ceux qui n‘ont qu’une foi relative et lucide en eux mêmes ? l’idée de se prolonger dans leur progéniture ? Certains y parviennent, telle la vieille femme de Saint Ex qui s’éteint paisiblement après une vie de labeur , entourée des siens et de leur tendresse .

Mais les plus admirables ou les plus arrogants  sont ceux qui acceptent la loi rigoureuse de la nature  où tout est périssable, où l’homme issu de rien dont il puisse garder la mémoire,  et voué à rien où il puisse se projeter  ou espérer se reconnaître. Ceux-là ont acquis pour eux la certitude de leur provisoire, du temporaire, du fugace.

Rationalisme, ou stoïcisme, dépit, complaisance ou résignation et cependant ils vivent. Ils acceptent cette existence qui n’a aucun sens et prennent le parti d’être et d’agir pour le temps qui leur est imparti.

Ils s’inventent des raisons de vivre , se fixent des objectifs , participent à la vie de l’humanité, contribuent à son développement , à son progrès , ils prennent en marche le train de l’humanité tout en sachant  qu’elle s’achemine elle-même inexorablement vers son propre terminus où n’est pas prévu de sens de retour .

Qu’est-ce qui peut bien pousser l’homme à continuer ? A faire qu’il se lève chaque matin et emploie sa journée à tuer le temps qui passe . Je ne cherche pas la réponse ; que la question reste une énigme. En bonne matérialiste  la seule piste serait  dans le biologique ; ce qu’on désigne par l’instinct de survie !!

Faut-il y voir quand même un comble de l’absurde, pour nous être construits dans  ce fol entêtement : destinés à mourir et développer cette pulsion de vie, faire que notre existence soit un combat constant et que la vie devienne synonyme de lutte ! 

Camus a proposé de faire de l’emploi de son temps une révolte permanente contre cette idée même de l’absurde. Saine occupation, raisonnable  en effet mais ce n’est pas vraiment une réponse.Et puis la révolte ça épuise ! 

Mais en regardant Sisyphe je me suis demandée quel était le stade où ce sentiment de l’absurde était le plus douloureux, le moment où l’équilibre des forces vitales et mortifères étaient le plus fragile , l’instant où il pouvait prendre le sens de désespoir. 

Etait-ce quand le rocher est en bas, et que du regard Sisyphe mesure la distance et l’effort à accomplir ? L’inutilité de la Tâche ? Il sait le poids du rocher ; il en connaît la valeur . Déjà le parti est pris, quitte à s’effondrer en route, à se faire écraser, il sait qu’une nouvelle fois il relèvera le défi.Tant qu’il hissera le rocher, il ne songe plus qu’à l’effort. L’instant est exaltant.

Est-ce là haut alors ?   Quand le rocher retombe , qu’il dévale la pente, qu’il le voit lui échapper , aspiré par l’invincible loi naturelle ? Il assiste impuissant à la chute mais  sa révolte est toujours en lui, la haine ou la colère le fait vivre. 

Non le moment le plus tragique à mon sens , c’est ce moment où il est lui-même au sommet et  que le rocher est en bas , que le rocher lui a échappé, que le lien est rompu. Il n’a même plus le désir de rejoindre le rocher. Il renonce à son rocher .

C’est alors qu’il se dit : «  à quoi bon » , ce qui n’est même pas une question .Vaincu par l’absurde , il n’a plus qu’un désir , celui de se coucher et de disparaître. 

Et quel élan plus fort va le pousser à redescendre ?

Mj  13 11 2006

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