La petite sirène
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La petite  Sirène

Extrait  du   

Premier  recueil . Troisième  cahier  (1837)

Oeuvres  de  Hans Christian Andersen

Textes traduits,  présentés ,annotés par Régis  Boyer  

Bibliothèque  de  la   Pléiade

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Le conte  commence  ainsi et  Andersen  et dès ces premières lignes nous plonge dans  l'enchantement  :

        Dans la mer, bien loin , l'eau  est plus bleue que les pétales  du plus joli bleuet et  aussi limpide  que le  cristal le plus pur, mais elle  est très profonde, si profonde qu'aucune  ancre n'atteint le fond, il faudrait  empiler  des quantités de clochers  pour monter du  fond à  la surface. C'est  là  qu'habitent les ondins.

        Maintenant  n'allez pas croire  qu'il  n'y  a là qu'un fond  de  sable blanc  et  nu ; non,  les arbres et les plantes les plus extraordinaires y poussent.,  leur  tiges et leurs fleurs sont  si  souples qu'elles  remuent au  moindre  mouvement de l'eau comme  si  elles étaient  vivantes. Tous les poissons,  petits et grands,  se  faufilent entre les branches, comme ici, les oiseaux dans l'air. A l'endroit le plus profond, il  y  a le  château  du  roi  de la mer, ses murs sont  de  corail  et  ses longues fenêtres gothiques , de l'ambre le plus clair,  mais le  toit est  fait  de coquillages  qui  s'ouvrent  et  se  ferment au  gré  des courants; cela  a très grand  air   car  dans chaque coquillage  il y  a des perles scintillantes : une seule  ferait une parure  splendide  dans la couronne  d'une  reine.

[....]

        A l'extérieur  du  château, il  y avait  un grand  jardin  aux arbres  rouge  feu  et  bleu  sombre, les fruits étincelaient  comme  de l'or, et les fleurs  comme  feu  ardent, tout en  agitant  constamment  tiges et pétales.  Pour  le sol,   il  était  du sable le plus fin  mais  bleu  comme  du  soufre  enflammé . Sur le tout planait une merveilleuse lueur  bleue , on se  serait  cru  très  haut  en l'air  à  ne  voir  quel  ciel  au-dessus et  en  dessous  de soi,   plutôt que de se trouver au  fond de la  mer . Par  temps  parfaitement  calme  on  pouvait  apercevoir le  soleil, on  aurait  dit  une  fleur pourpre  dont le  calice  dispensait  toute cette lumière.

[...]

Voilà , le ton  est  donné  .... La suite  tout le monde connaît  ....  La Petite sirène  est  tombée  amoureuse des hommes , du  royaume d'en  haut et d'un Prince  en particulier  qu'elle  avait  sauvé d'un naufrage . Pour le rejoindre elle  eut recours à la magie,  échangea sa voix contre des  jambes  qui  la porteraient douloureusement  sur les chemins terrestres et muette  partit  conquérir  son Prince pour qui  elle abandonna famille et Eden aquatique . 

La magie n'opéra pas  et  privée de son  chant  elle  ne gagna  pas l'amour du  Prince  qui  en  épousât  une autre  .  C'était  l'enjeu  et au premier matin  de la nuit  des noces elle aurait  dû  fondre en  écume pour flotter sans vie à la surface  de l'eau. Mais elle  avait  tant souffert par  amour   qu'elle  fut  accueillie  par  les filles de l'air  qui au bout  d'un certain  temps  gagnaient  une  âme  et l'éternité  en  échange  des bontés qu'elles répandaient  sur la terre .

Comme dans la plupart  des  contes d'Andersen  , le bonheur   n'existe pas sur   terre et la magie ne  saurait rompre durablement l'ordre divin, mais la bonté  est toujours reconnue  pour la plus grande  des vertus  et le  Paradis est au bout du chemin  .

Le conte  est  simple  , la morale un  peu  décevante  et  pourtant  c'est toujours pour moi  un immense plaisir de  relire  ces histoires  qui savent  chaque fois toucher ma sensibilité  .Un des  grands talents d'Andersen consiste  dans  ces  atmosphères qu'il  sait créer  pour nous : merveilleuse  comme la description  du  royaume  aquatique  de la Petite  Siréne de ces premiers paragraphes  qui  libèrent une vague  d'enchantement,   inquiétante  comme le domaine  de la  sorcière réunissant  tous les symboles de la malveillance  . Tout un  lexique magique mêlant l'horrible et le  douloureux , l'obscurité et la lumière  .

( le 10 juillet 2010)

 

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